Donner à lire
Le mot de la directrice

Photo Pierre Crépô

Depuis sa création en 1994, le Festival international de la littérature (FIL) offre l’occasion de redécouvrir des auteurs connus, d’en découvrir de nouveaux, et ce, dans des formes sans cesse réinventées et originales. Chaque année, près de 200 écrivains, acteurs, musiciens, danseurs, chanteurs et cinéastes, d’ici et d’ailleurs, participent à une cinquantaine de manifestations.

Le FIL, c’est dix jours de fête annuelle qui se déroule principalement dans des lieux autres que ceux traditionnellement associés au livre, comme des salles de spectacle, des théâtres et même les rues de Montréal. Véritable fête des mots pour tous les publics, le FIL s’adresse tant aux grands lecteurs qu’aux lecteurs de demain, peu importe leur âge, leur origine ou leur compte en banque! Bref, au FIL, il n’y a pas de règles. Seuls comptent l’amour des livres et notre envie de «donner à lire».

Je souhaite que cette seizième édition du FIL soit l’occasion de nombreuses découvertes et redécouvertes littéraires, que nos spectacles, lectures et rencontres vous donnent envie de lire un peu plus, toujours beaucoup et aussi passionnément que tous ces « fous de littérature » que vous croiserez au cours de cette fête abondante de mots à entendre, à savourer, à faire rêver.

L’hiver dernier, le FIL perdait son président. Et moi, un ami. Bruno Roy est décédé le 6 janvier 2010. Cette seizième édition, je voudrais la lui dédier. Je crois qu’il aurait aimé rencontrer Frankétienne, cet immense artiste qui nous vient d’Haïti et qui, comme lui, est un véritable résilient. Je crois qu’il aurait aussi été heureux de revoir Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent, un spectacle qu’il adorait, et qu’il aurait trouvé amusant que le FIL présente un spectacle autour des lettres de Yann Martel adressées au Premier Ministre. Je l’imagine aussi ému d’entendre les mots de Pauline Julien et Gérald Godin dits par Marie Tifo et Pierre Curzi. Comme à chaque année, il aurait été présent aux 5 à Souhaits du poète José Acquelin, question d’y croiser Jean-Paul Daoust, Hélène Monette ou encore Carole David. Et puis, il aurait été content de retrouver sur scène son amie Chloé Sainte-Marie ou encore Gilles Vigneault, lui qui aimait tant la chanson québécoise. Oui, je crois que cette édition lui aurait plu.

Bruno Roy croyait au pouvoir de la littérature. Et comme lui, plus que jamais, je crois à l’importance des mots, de la parole et des textes. Lors de la dernière édition du FIL en 2009, j’ai vu une adolescente, portant le foulard, pleurer en écoutant Mireille Deyglun lire un extrait de Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy où la jeune Florentine dit à sa mère qu’elle ne veut pas vivre le même genre de vie qu’elle. Ses larmes m’ont profondément touchée. Tout d’abord, parce qu’elles témoignaient du caractère contemporain d’un grand texte pourtant paru en 1945, soit bien avant la naissance de cette jeune fille. Ensuite, parce que je me suis souvenue de l’importance qu’avait eu pour moi, à son âge, la lecture de certains livres. Il arrive en effet qu’on trouve dans un roman ou dans un poème l’expression même de nos émotions les plus profondes. Lorsque je repense à cette adolescente, je souhaite qu’elle ait continué à fréquenter la bibliothèque de son école pour en faire son jardin secret et y faire d’autres découvertes qui l’auront fait pleurer, rire et réfléchir. J’espère aussi que je la reverrai au festival cette année...

Je vous souhaite un excellent festival ainsi que de très belles lectures,

Michelle Corbeil
Directrice générale et artistique