
|
Qui a peur de la littérature ?
La littérature fait partie de ma vie depuis toujours. J’adorais qu’on me raconte des histoires quand j’étais petite. Dès que j’ai su lire, je suis vite devenue une habituée de la bibliothèque de mon quartier, qui était pour moi une véritable caverne d’Ali Baba. J’aimais y choisir des livres au hasard soit parce qu’un titre me plaisait ou encore que le nom de l’auteur m’intriguait… Mes parents n’ont jamais surveillé mes lectures et, c’est ainsi que, dès l’adolescence, j’ai pu lire Les Mémoires d’une jeune fille rangée, Le Torrent, Les Hauts de Hurlevent, L’Écume des jours, Une Saison dans la vie d’Emmanuel et tant d’autres livres qui m’ont fait rêver et grandir… J’ai ensuite choisi d’étudier en littérature, tout simplement parce que je trouvais merveilleux de pouvoir passer tout mon temps à lire ! Aujourd’hui, après avoir exercé à peu près tous les « métiers du livre », j’ai la chance et le bonheur de diriger le Festival international de la littérature (FIL) qui célèbre cette année son 15e anniversaire. J’ai toujours pensé que le plaisir de lire pouvait être contagieux et qu’il n’était pas réservé à un petit groupe d’initiés. Et la preuve en est que, année après année, les festivaliers littéraires sont de plus en plus nombreux. Pour rendre la littérature accessible au plus grand nombre, je crois qu’il ne faut pas hésiter à la désacraliser mais sans toutefois la rabaisser. Et c’est ce que fait depuis quinze ans un événement comme le FIL qui joue bien son rôle de caverne d’Ali Baba comme l’était la bibliothèque de mon enfance. Il offre l’occasion de redécouvrir des auteurs connus, d’en découvrir de nouveaux, et ce dans des formes sans cesse réinventées, audacieuses et originales. Si je suis heureuse que le FIL joue un rôle de diffuseur pour des spectacles qui ont déjà fait leurs preuves ici ou à l’étranger, il me paraît aussi très important qu’il demeure un lieu de création exceptionnel pour des écrivains et des artistes de toutes disciplines qui ont envie de faire entendre leurs voix ou de partager leurs coups de cœur pour l’œuvre d’un romancier ou d’un poète. Il y a là bien sûr une part de risques que je suis prête à assumer.
Il m’arrive de me sentir comme Don Quichotte avec ses moulins à vent, tentant de convaincre certains partenaires publics et privés de l’importance du FIL. Et par conséquent de l’importance aussi de la lecture dans la vie quotidienne de chaque citoyen, garante d’une société plus démocratique et d’une ouverture sur le monde. Bien sûr, je n’ai pas la prétention de croire que je suis la seule à défendre la littérature car il existe au Québec d’autres festivals et événements littéraires : entre nous il n’y a pas de concurrence mais bien complémentarité, chacun ayant une couleur, une vision et une identité qui lui sont propres. Ce qui distingue le FIL, c’est principalement son caractère multidisciplinaire et audacieux. À chaque année, près de 200 écrivains, acteurs, musiciens, danseurs, chanteurs, cinéastes et même des artistes de cirque, d’ici et d’ailleurs, participent à une cinquantaine de manifestations. Le FIL c’est dix jours de fête annuelle qui se déroule principalement dans des lieux autres que ceux traditionnellement associés au livre comme des salles de spectacle, des théâtres et même dans les rues de Montréal. J’ai trop souvent répété que, bien que l’excellence du FIL soit reconnue tant au Québec qu’à l’étranger, il faut chaque fois faire des miracles avec bien peu. Notre survie tient au soutien inconditionnel de plusieurs de nos partenaires actuels et à l’enthousiasme d’une petite équipe qui ne compte pas ses heures. Mais lorsqu’il est question de trouver d’autres sources de financement, il arrive encore trop fréquemment qu’on me réponde que « la littérature ce n’est pas pour tout le monde » et surtout qu’un événement littéraire ne peut pas avoir d’importantes retombées… Comment se fait-il alors que de plus en plus de responsables municipaux misent sur des événements littéraires pour accroître la notoriété de leur ville auprès de leurs citoyens et de la clientèle touristique ? On n’a en effet qu’à penser à Bertrand Delanoë, maire de Paris, qui a permis la naissance en juin 2009 de Paris en toutes lettres, un nouveau festival littéraire, ou à Régis Labeaume, maire de Québec, qui a annoncé, lors du dernier Salon du livre, des investissements majeurs pour que la capitale devienne « la ville de la littérature au pays ». Et puis que dire de Toulouse avec son Marathon des mots ou de Bruxelles avec Passa Porta ? On ne peut que se réjouir que Montréal soit désormais reconnue internationalement comme la capitale du jazz et du rire, pourquoi ne pourrait-elle pas être aussi considérée comme une métropole littéraire contribuant à en faire la grande métropole culturelle dont nous rêvons tous ? Après tout, l’Unesco n’avait-il pas décerné à notre ville le titre de « Montréal capitale mondiale du livre » en 2005 ? Mais qui a peur de la littérature ? Elle semble pourtant avoir la cote d’amour présentement… On s’inspire plus que jamais de romans au théâtre et au cinéma, la poésie donne lieu à des chansons et les lectures sont de plus en plus populaires. Et puis voilà que même ceux qu’on nomme les « grands festivals montréalais » ont compris qu’une manifestation littéraire pouvait aussi attirer un large public. Car si le FIL a fait figure de pionnier en invitant les Jean-Louis Trintignant, Fanny Ardant et Sami Frey pour des lectures-spectacles ou en créant des spectacles autour d’œuvres d’écrivains d’ici et d’ailleurs, Juste pour rire présente maintenant des lectures de Roberto Benigni et de Fabrice Luchini. On connaît aussi le succès remporté par le spectacle autour de l’œuvre du poète Gaston Miron aux dernières Francofolies. Bien sûr, je ne peux que me réjouir que de grands événements, largement subventionnés, participent à une meilleure connaissance de la littérature mais je souhaite que cela ne se fasse pas au détriment d’un événement comme le FIL qui en a fait sa raison d’être. Je crois que, plus que jamais, Montréal doit pouvoir compter sur la richesse, la diversité et le talent de TOUS ses créateurs. La richesse et la vitalité culturelles de notre métropole ne se résument pas à au travail de quelques organisations et événements mais bien à l’ensemble de TOUTES les manifestations qui ont lieu sur son territoire tout au long de l’année. |
|||
|
Du 18 au 27 septembre 2009 aura lieu le 15e Festival international de la littérature (FIL). Pendant dix jours, près de 200 écrivains et artistes de toutes disciplines, d’ici et d’ailleurs, mettront tout leur talent, leur intelligence et leur sensibilité au service de la littérature. Je sais déjà qu’ils vous feront vivre de grands moments de grâce, d’émotion et de folie. Je souhaite que cette quinzième édition du FIL soit pour vous l’occasion de découvertes et de redécouvertes littéraires, que les spectacles, lectures et rencontres, qui vous sont proposés, vous donnent envie de lire un peu plus, toujours beaucoup et aussi passionnément que tous ces « fous de littérature » que vous croiserez au cours de cette fête abondante de mots à entendre, à savourer, à faire rêver. Je vous souhaite un excellent festival ainsi que de très belles lectures, Michelle Corbeil |
![]() |
||