Yves Thériault © Studio Lumière ,1944

HOMMAGE À YVES THÉRIAULT (1915-1983)

YVES THÉRIAULT, ÉCRIVAIN

Afin de souligner le 25e anniversaire du décès d’Yves Thériault (1915-1983) et le 50e de la parution de son roman Agaguk (1958), Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) propose, en septembre, une grande exposition intitulée Yves Thériault : le pari de l’écriture, présentée simultanément dans deux salles de la Grande Bibliothèque.

À cette occasion, BAnQ invite également le public du Festival International de la Littérature (FIL) à assister à une lecture à deux voix d’extraits des contes d’Yves Thériault, accompagnée de musique, avec la participation de Marie José Thériault, fille de l’écrivain, et de Jean Marchand.





EXPOSITION
YVES THÉRIAULT : LE PARI DE L’ÉCRITURE


Auteur prolifique, maître conteur, romancier des grands espaces et de la liberté, Yves Thériault a écrit tant pour le public adulte que pour la jeunesse. Il avait fait le pari de « vivre de sa plume », pari qu’il a gagné en pratiquant une multitude de formes d’écriture, du conte au scénario en passant par les courriers du cœur et les grands romans.

Yves Thériault : le pari de l’écriture est l’illustration d’une entreprise audacieuse et jusque-là inédite au Québec. Contre vents et marées et souvent aux dépens de ses propres intérêts, Yves Thériault a réussi à vivre de ses écrits. L’exposition et son catalogue témoignent de cette entreprise et de ses multiples facettes, qu’il s’agisse de l’attitude de Thériault à l’égard de la morale ou encore de la réception critique à son œuvre. Yves Thériault, en véritable écrivain, a parié sur la liberté et emporté son pari haut la main.

Rétrospective de l'œuvre de toute une vie, cette exposition présente des documents d'archives issus du fonds Yves Thériault conservé par BAnQ, des ouvrages de l’auteur et un important volet audiovisuel.

Catalogue en vente à la Boutique de la Grande Bibliothèque.

Du 23 septembre 2008 au 18 janvier 2009
La Grande Bibliothèque
Salle d’exposition principale
Espace jeunes, Niveau M
Entrée libre. Aucune réservation requise.


LECTURE
YVES THÉRIAULT, MAÎTRE-CONTEUR

Marie José Thériault © Ludovic Fremaux

Yves Thériault, le merveilleux romancier d’Agaguk, Aaron, Ashini et La Fille laide, était aussi un maître-conteur. Au cours des années 1940 et 1950 surtout, mais aussi jusqu’au milieu des années 1970, plus d’un millier de ses contes ont été accueillis dans les pages du Jour, de La Relève, de La Nouvelle Relève, du Bulletin des Agriculteurs, de La Patrie du dimanche, du Petit Journal, du Photo-Journal, du Nouveau Samedi et de la revue Châtelaine, entre autres. À la radio, ses contes et dramatiques ont été diffusés — à une certaine époque presque quotidiennement — sur les ondes de Radio-Canada, de CKVL, de CKAC et de CHLP dans des émissions telles que Studio G7, Contes du lundi soir, Les Chroniques de Saint-Léonide, Raconteur de chez nous et Nouveautés dramatiques —pour n’en nommer que quelques-unes.

Parlant de son premier livre, Les Contes pour un homme seul *, Yves Thériault dira : « J’ai souvent regretté la pureté qui était mienne au moment d’écrire ces contes. J’étais hors de tout milieu littéraire, inconnu de tous ou à peu près, je n’avais aucune véritable renommée et j’écrivais pour ainsi dire comme l’oiseau chante, pour rien et pour personne. Pour moi-même. C’est ce que j’appelle pureté. »

Curieux et insolites, les premiers contes d’Yves Thériault ont beaucoup surpris et séduit les lecteurs, les auditeurs et les critiques grâce une forte originalité, une langue dense et vigoureuse auxquelles la littérature du Québec de l’époque, prévisible et sans audace, ne les avait pas habitués. Par son style direct et parfois cru, Yves Thériault bousculait l’ordre établi et secouait quelques bonnes âmes, certes, mais un grand écrivain était né qui allait devenir un pilier de notre histoire littéraire, et on l’applaudissait sans réserve.

Jean Marchand

C’est à ce maître-conteur que Marie José Thériault et Jean Marchand rendent hommage sur la scène de la Grande Bibliothèque. Illustrant leur lecture d’œuvres musicales qu’Yves Thériault aurait aimées, ils prêtent leur voix et leur sensibilité à quelques-unes des histoires que ce grand écrivain a écrites dans la pureté.

* Publié une première fois aux Éditions de l’Arbre en 1944, ce livre a été sans cesse réédité. Sa plus récente incarnation, illustrée de dessins de Frédéric Côté, est parue aux Éditions du dernier havre en 2008 avec une préface de Laurent Mailhot.


Une présentation de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) dans le cadre du FIL 2008

Vendredi 26 septembre, à 19 h
Auditorium de la Grande Bibliothèque, rez-de-chaussée
Entrée libre. Aucune réservation requise.

UNE ŒUVRE UNE VIE

Homme de radio, scripteur, journaliste, chauffeur de camion, trappeur, boxeur, chanteur western, auteur de romans policiers à deux sous, courriériste du cœur, dramaturge, Yves Thériault a donné une œuvre multiple et considérable, fortement imprégnée des dures lois de la nature, dont la plus diffusée demeure Agaguk (1958), roman esquimau traduit en plusieurs langues et adapté au cinéma.

À travers ses contes et ses romans, ses livres pour la jeunesse, ses dramatiques, Yves Thériault a campé des personnages aux prises avec les comportements bouillants de leur vérité instinctive. Les drames qui bouleversent ses héros proviennent des sources mêmes de leur être et ce sont les forces de leurs profondeurs qui les entraînent au bout de leur destin, souvent tragique. Poussés par un besoin irrésistible de puissance et de domination, ces hommes et ces femmes ne peuvent affirmer complètement leurs pulsions originelles qu'en affrontant aveuglément tout sur leur passage, au risque de leur propre vie.

Ses personnages intrépides, aux comportements fougueux, soutenus par un style enlevé et réaliste, sont des marginaux, des minoritaires, des non-conformistes qui défient sans peur et sans reproche les lois sociales et la bonne morale. En réaction contre leur milieu originel, ses héros rêvent de liberté à travers une violence qui les pousse à bout, assoiffés d'absolu, incapables de se satisfaire de demi-mesures ou de bonheurs avortés. Dans des scènes souvent épiques où l'amour et la mort se côtoient, Yves Thériault campe les grands esprits du Nord, ceux qui habitent la nature et l'espace et qui entraînent avec eux des destinées qui suivent la route des instincts originels, là où la femme incarne le paradis perdu et le goût du bonheur. Ce groupe de personnages écoute la nature et enseigne le retour aux valeurs de l'amour originel et de l'harmonie des sens, ce sont des guides et des prophètes, généralement des Indiens : Ashini, N'Tsuk, Ikoué et Mahigan…

Écrivain reconnu tardivement par l'institution et écrivain populaire, Yves Thériault a développé un imaginaire nordique d'une puissance exceptionnelle, qui n'est pas sans rappeler celui de Melville, Twain, London… Ses Contes pour un homme seul (1944), ses romans La Fille laide (1950), Le Dompteur d'ours (1951), Les Commettants de Caridad (1961), ses dizaines d'ouvrages pour la jeunesse contiennent des pages qui comptent parmi les plus héroïques de la littérature québécoise.

Source :
Yves Thériault, Prix Athanase-David 1979

Texte :
Pierre Filion